Entrepreneur Shanghai - Rachel - LihaomaCette semaine, découvrez Rachel, une entrepreneuse française installée depuis plusieurs années à Shanghai, co-fondatrice de Lihaoma.

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Rachel, je vis actuellement en Chine et je suis la co-fondatrice de Lihaoma.
Lihaoma 礼好吗 est une application présente en Chine, qui permet aux marques d’augmenter leur taux d’engagement à travers des jeux.

En parallèle, je suis en charge d’un programme de formation d’entrepreneurs à l’université de Shanghai. Je suis aussi impliqué dans l’écosystème start-up sur Shanghai à travers l’organisation des évènements « Start up Grind » et à la « French Tech » en tant que mentor.

Récemment, j’ai été nommé au « Women Leadership Award 2017 » organisé par IPWS Shanghai, dans la catégorie « Entrepreneuse de l’année ».

Qu’est-ce que 礼好吗 Lihoama et comment l’idée est née ?

Lihoama - application ChineL’ambition de Lihoama est de transformer la publicité en divertissement.
Les utilisateurs chinois jouent à des mini-jeux et gagnent des cadeaux brandés. A date, nous avons aidé plus de 350 marques comme Feiyue, Budweiser and Dunkin’ Donuts. Elles ont pu grâce à nous, multiplié leur taux d’engagement par 10.

L’idée originale de Lihoama, a germé dans l’esprit de Benjamin Claeys. Il souhaitait envoyer facilement des cadeaux à sa famille de Chine vers la Belgique et les faire passer du monde virtuel au monde réelle. Initialement, les consommateurs gagnaient des cadeaux virtuels et venaient ensuite les chercher en magasin. Mais en 3 ans et demi, de nombreux pivots ont eu lieu.

L’année dernière, nous avons remporté le prix de « la start up la plus créative de l’année » décerné par le gouvernement de Shanghai. Et nous avons ensuite été sélectionné pour participer au premier accélérateur d’Asie, Chinaccelerator.

Quel serait ton conseil pour lancer une application en Chine ?

Ne le faites pas ! Haha!
Contrairement à certaines idées reçues, une application est coûteuse à développer, longue à mettre à jour et difficile à maintenir. De plus, elle nécessite de diverses compétences techniques qui peuvent devenir un cauchemar à mettre en place et à manager.

Mais l’activité la plus complexe est l’acquisition d’utilisateurs puis la fidélisation. 50% des applications sont supprimées moins d’une heure après leur téléchargement. 90% sont supprimés après un mois. L’acquisition peut se révéler très coûteuse, comptez entre 20 à 80 yuans par utilisateur.

« L’activité la plus complexe est l’acquisition. 50% des applications sont supprimées moins d’une heure après leur téléchargement. »

Pourquoi as-tu choisi de devenir entrepreneuse ?

Mon père est psychanalyste et ma mère travaille dans l’édition de films. Personne autour de moi était un entrepreneur, je ne m’étais jamais imaginé comme telle.
Quitter mon statut d’employé m’a tout d’abord effrayé. L’incertitude de l’avenir me faisait peur, mais maintenant j’adore !

J’aime expérimenter, participer et observer l’évolution des produits mais aussi des personnes qui font partie de l’aventure. L’énergie et la passion sont mes moteurs et l’esprit start up est devenu une réelle source d’épanouissement.

Quelles ont été tes plus grands succès et vos échecs dans cette aventure ?

Rachel - entrepreneur shanghaiJ’ai eu quelques succès et beaucoup, beaucoup d’échecs.

Justement, une très grande étape s’est produite la semaine dernière. Nous avons atteint 10 000 vues sur Taobao pour la campagne d’un de nos clients, sans budget. Pour la première fois, nous avons promu une campagne uniquement grâce à des minis influenceurs. Un résultat plus que prometteur et qui nous a permis de valider une hypothèse clef : les marques en Chine investissent encore plus dans la distribution que dans la performance de leur campagne marketing. Nous pressentions que l’utilisation des KOL pourrait être bénéfique sans avoir jusqu’à présent l’opportunité de réellement le tester.

Une autre réussite a été l’embauche d’un de nos développeurs Justin qui a construit notre système de data analytics. Il nous a permis d’arrêter d’avancer à l’aveugle et de développer une connaissance approfondie de ce qui se passait réellement sur notre application et comment les utilisateurs se comportaient.

Nous avons pu observer et analyser ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. C’était une telle révélation ! J’ai passé d’innombrables heures à étudier et analyser les données. Pour la première fois de ma vie, j’ai trouvé les feuilles de calcul d’Excel exhaltantes !

Un des moments qui m’a marqué dans cette aventure, je l’ai vécu avec une de mes juniors Angela. Nous avons implémenté beaucoup d’outils de suivi de nos données comme Hubspot, Mixpanels et Google Analytics. Angela a su détecté une mauvaise utilisation de nos statistiques. C’était merveilleux de l’observer argumenter et me prouver avec mes propres armes que j’avais tort.

Beaucoup d’erreurs ont été commises lors de la création de notre entreprise.
Pendant longtemps, nous pensions que le rythme de nos téléchargements était sain. Mais nous avons découvert que nous enregistrions les téléchargements et les enregistrements de sites Web au même niveau. Cela a été une déception énorme pour nous et nos investisseurs.

Je me souviens des innombrables discussions que nous avons eu avec l’équipe co-fondatrice. Jusqu’à que ce que nous comprenions qu’il n’avait forcément raison. Nous avons pris conscience que l’opinion qui importait le plus était celle de nos clients, receuillit à travers des entretiens et les données d’utilisation. Cela a eu l’effet formidable de neutraliser ma politique dans notre start up.
Des outils comme le «Lean Startup» et notamment la boucle « Build, measure, learn » nous a permis de trouver la bonne direction. J’aurai aimé la découvrir plus tôt. Cela nous aurait épargné beaucoup de temps, d’énergie et protégé nos relations.

Enfin, je suppose que la plus grande erreur a été d’attendre un an et demi pour lancer la version bêta. C’était trop tard. Nous n’avons vraiment commencé à être efficace qu’une fois la première version terminée.

« Je suppose que la plus grande erreur a été d’attendre un an et demi pour lancer la version bêta. C’était trop tard »

Quelle est votre conseil pour aider les femmes à réussir ?

Premièrement, vous avez besoin de définir qu’est-ce que le succès signifie pour vous. Est-ce qu’il s’agit d’avoir un équilibre de vie pro / perso ? Voulez-vous voyager souvent ? Faire partie du conseil d’administration de votre compagnie ? Ou prouver à vos parents qu’ils avaient tort ?

Trouvez en vous votre motivation, en accord avec votre définition de la réussite.
Croyez en vous, acceptez les contretemps et les challenges, ils font partie de votre route vers le succès. C’est très difficile ! Honnêtement, je suis toujours en lutte avec cette partie-là. Nous avons toutes besoin d’inspiration et de mentors pour nous guider tout au long du chemin.

« Trouvez en vous votre motivation, en accord avec votre définition de la réussite. »

Etre une femme dans un monde digital plutôt masculin est-il un avantage ? Si oui, comment l’utilises-tu ?

Mes 3 frères m’ont appris à évoluer dans un univers masculin puis via les arts martiaux (j’ai été championne de France de Kung Fu 8 fois), j’ai travaillé dans l’univers de la bière et maintenant dans la tech. Je ne me souviens pas que cela m’ai vraiment interpellé.

A Shanghai, je trouve la communauté start up très incluante et acceuillante pour les femmes. De nombreux évenements nous sont consacrés (SuperWomen in Data, Ladies who Tech, Women entrepreneur pitch contests…).

Mais je me souviens d’avoir eu le sentiment que chaque jour était un combat, et heureusement aujourd’hui cette sensation a disparu. Si pour vous, il y a besoin d’avoir des gagnants et des perdants, la vie peut devenir très stressante.

Rachel, tu participes au premier évènement “Superwoman in data” sur Shanghai. Pourquoi penses-tu que l’on te voit comme telle ? et qu’est que cela signifie pour toi ?

Oh ! Je n’ai pas d’idée du pourquoi. Demandez à Laurence, l’organisatrice de l’évènement pourquoi elle m’a choisi.

Je suppose qu’il faut continuer de rompre les préjugés sur les forces des hommes et des femmes. Nous pouvons tous être dans la logique et l’analyse, aussi bien que le pragmatisme. Il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs et laisser les clients nous surprendre à travers les chiffres.

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French native, Eve Bretaudeau is an entrepreneur and digital marketing expert based in Shanghai, China. She was marketing / communication manager during 10 years in agencies and in a retail company. In Shanghai, she co-creates “Le collectif des entrepreneuses” to inspire, guide women entrepreneurs to create their own company. She is passionate about entrepreneurship, design thinking, co-creation. She loves to travel with her family and to do outdoor sports.