Margaux Lhermitte est une entrepreneuse basée en Chine . Ses 10 premières années à Shanghai ont été rythmé par le développement de la branche chinoise de l’agence française Naço. Puis, par challenge et par passion, elle a choisi de monter sa propre agence depuis plus de 2 ans : Ne-on.

Elle partage avec nous son parcours, sa passion, ses envies et ses doutes, ainsi que les rencontres qu’ils lui ont permis de passer de salariée à entrepreneuse en Chine.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

En arrivant en Chine, j’ai commencé par travailler pour l’agence Naço. Petit à petit, la branche a grossi passant de 3 personnes à 25, et je suis devenu la responsable de l’agence. Pendant ces 10 années, j’ai eu beaucoup de liberté. Les dirigeants en France m’ont laissé faire, tester et faire parfois des erreurs. J’ai eu l’occasion de beaucoup apprendre tout en étant coacher. J’étais déjà une entrepreneuse mais sans les pressions financières.

Mais au bout de quelques années, je ne partageais plus la même vision que les autres associés et je sentais que ça n’allait pas changer. Je me suis donc dit, soit je ne me pose pas de question, et je continue, soit je me pose les bonnes questions. J’ai choisi la deuxième option. Une des réponses a été que j’avais envie de challenge et de construire autre chose.

Qu’est ce qui t’a aidé à l’époque à te remettre en question ? Et pensais-tu à l’époque devenir entrepreneuse ?

Cela a été long. Mon mari étant freelance, n’avait pas de revenu fixe. J’ai deux enfants et à Shanghai, une famille coûte chère. Ce contexte familial me stressait beaucoup. Je savais que j’avais besoin de changer, mais il ne fallait pas que je prenne de risque.

La première étape : j’ai vu un coach pour faire un bilan et pouvoir me projeter. Elle m’a beaucoup aidé à savoir où j’en étais et m’aider à me poser les bonnes questions : qu’est-ce qui n’allait pas avec mes associés et où je voulais aller.
A ce moment-là, monter mon entreprise n’était pas une option qui m’intéressait réellement. Mais ça me tentait et me motivait, sauf que ce n’était pas l’idéal. J’avais trop peur de prendre des risques et financièrement, dans mon esprit, ça allait prendre trop de temps.

Je suis donc allé voir des chasseurs de tête. Je suis parti à la quête d’un nouveau poste. Mais les différentes opportunités représentaient tout ce que je n’avais pas envie de faire, beaucoup d’administratif et de voyages. J’étais un peu perdue. Mon mari me disait, tu es bien payé, tu as un bon poste, soit contente. Mais de mon côté, je n’avais plus envie d’aller bosser et je voyais tout en noir.
Je me suis posé la question de ce qui m’intéressait vraiment dans le fait d’être architecte d’intérieur : c’était de continuer à dessiner.

« Monter mon entreprise n’était pas une option qui m’intéressait réellement. Mais ça me tentait et me motivait, sauf que ce n’était pas l’idéal. »

La magie de l’histoire est, quand voulant quitter ton agence, tu as rencontré ta future associée. Une véritable alliée qui t’a aidé à franchir le pas de l’entreprenariat. Comment est-ce que cela s’est passé ?

Dans ma démarche, je me disais, il va falloir que je quitte l’agence. Mais il faut une réorganisation. Il nous manquait un profil commercial. Mon idée était que cette personne gère la partie commerciale ainsi qu’une partie de mon poste. Je pourrais ainsi partir. J’ai donc recruté Ellen, qui a vu rapidement les problèmes, et qui a confirmé ce que je ressentais. Ça m’a fait du bien ! A force d’échanger sur ce qui n’allait pas, on s’est rendu compte qu’on avait une vision commune.

De cette vision commune est née notre agence de design Ne-on. Le faire à deux, m’a énormément rassuré. Toute seule, je ne pense pas que j’aurai sauté le pas. J’ai besoin de travailler à plusieurs, de partager, de discuter. On gagne beaucoup de temps et on s’épaule. Ellen avait plus d’expérience que moi, en management et technique purement commerciales, cela m’a beaucoup rassuré.

Entrepreneuses en chine Ellen d Anterroches et Margaux Lhermitte

Comment vous êtes-vous répartis les rôles ?

Les rôles se sont bien dispatchés dès le début. Ellen n’étant pas designer, elle ne peut pas faire cette partie à ma place. Mais pendant 10 ans j’ai géré une agence, j’ai été tenté de mettre mon nez dans la gestion et le management. Mais j’ai vite vu qu’Ellen avait besoin d’avoir sa place. Je suis donc en charge de la partie design et elle de la partie commerciale.

« Pour que notre binôme fonctionne, nous discutons beaucoup, débâtons, et nous mettons tout sur la table. »

Ellen est chinoise mais elle a vécu quelques années en France. On dit souvent qu’il est plus facile de s’associer à un ou une chinoise pour monter son entreprise et comprendre le marché. Est-ce que pour toi, c’est un vrai avantage ?

Les beaux projets sont en majorité portés par des investisseurs chinois, qui peuvent travailler pour des marques étrangères. Il est nécessaire de comprendre comment le marché fonctionne et pouvoir ressentir son client : est-ce qu’il est fiable ? va-t-il payer ? le projet est-il sérieux ? En France, je pourrais plus facilement l’analyser. En Chine, Ellen est un vrai atout.

Comment est-ce que votre duo franco-chinois est perçu par vos clients ?

Quand nous parlons de nous, nous nous revendiquons transculturel. Nous sommes à la fois françaises et chinoises. On a chacune une vision de notre culture et une vision de la culture de l’autre en tant qu’étrangère.

C’est un avantage dans la signature de projets. Les clients chinois souhaitent une vision différente inspirée du monde entier. Ne-on est installé à Shanghai, nous savons comment les projets se mettent en place sur le terrain. On peut avoir de très belles idées et concepts, mais il faut savoir les dessiner et ensuite les mettre en œuvre.
Pour nos clients étrangers, il est facile de communiquer avec eux. Tout est transparent et en même temps, nous pouvons les accompagner sur le terrain.

« On peut avoir de très belles idées et concepts, mais il faut savoir les dessiner et ensuite les mettre en œuvre. »

Restaurant Maison Papillon Shanghai

Peux-tu nous parler un peu plus de ton agence Ne-on ?

Ne-on est une agence de design sous forme de plateforme. Nous proposons aux clients d’avoir des équipes sur mesure en fonction du projet.
Aujourd’hui, nous travaillons sur un restaurant, demain une boutique de vêtements, après-demain un hôtel. Nous construisons l’équipe la plus performante possible, souple et efficace. Nous nous associons soit à des freelances soit à des agences de design de petite ou grosse taille. Je m’occupe de la direction artistique et ensuite nous manageons les équipes que nous avons choisi au sein de notre réseau.

Nous sommes deux femmes, avec une famille, et nous ne voulons pas passer nos journées entre deux avions. Et surtout on ne sait pas pour combien de temps encore, nous sommes en Chine. Si une de nous deux veut partir en France, à New York, … il faut qu’on garde de la flexibilité.

Nous n’avons donc pas de salariés. Mais nous travaillons en collaboration, où chaque acteur est responsable. Clairement, l’objectif est de ne pas changer de freelance ou d’agence tous les mois. Nous ne rentrons pas dans une logique de sous-traitance, le freelance touche un pourcentage du projet en toute transparence.

Nous n’avons donc pas de salariés. Mais nous travaillons en collaboration, où chaque acteur est responsable.

design du bar the cut à Shanghai Ne-on fête aujourd’hui ses 2 ans. Est-ce que l’envie et le goût du challenge sont toujours là ?

Nous n’avons rien figé et nous continuons sans cesse d’évoluer. Quand nous avons démarré, nous n’avons pas fait de business plan. Nous nous étions fixé des objectifs de type de projets à avoir.

En 2/3 ans, l’objectif était de signer un premier hôtel. Au final, tout est allé très vite. La première année, nous avons signé notre premier hôtel et aujourd’hui, nous en avons plusieurs en cours.

Cette flexibilité et cette liberté, nous a permis d’ajuster notre tir et de suivre notre instinct, sans être bloquer. Tous les 3/6 mois selon les opportunités, Ne-on évolue dans une direction ou dans une autre. On a de la chance aujourd’hui l’agence tourne bien.
Nous voulons pouvoir être un électron libre et se développer selon les opportunités. Donc oui l’envie est toujours là !

Pendant ces 2 dernières années en tant qu’entrepreneuse, qu’est-ce que tu as le plus appris sur toi ?

Nous avons forcément eu des échecs et appris de ces derniers. Comme aujourd’hui, nous avons plus d’expérience, nous pressentons les erreurs arrivées, ce qui nous permet d’éviter les drames. Mais on apprend toute sa vie !

Ce que j’apprécie vraiment le plus, est de prendre plaisir à être entrepreneuse.
Au démarrage, j’avais beaucoup d’inquiétudes : est ce que l’on va avoir assez de clients ? Est-ce que ce que mes propositions vont plaire aux clients ? En fait, ça marche !
Mes conseils : être droit dans son travail, professionnel coûte que coûte, même si c’est parfois dur.

« Le bouche à oreille et le réseau est ce qui amènent le plus de projets. Il faut donc être droit et super carré. »

Est-ce que tu penses que Ne-on est duplicable facilement en France ?

C’est vrai, que le marché français est moins dynamique que le marché chinois dans notre domaine. Je pense qu’il faut choisir le bon créneau et la bonne façon de travailler.
On sent que des passerelles entre l’Europe et la Chine se font. Aujourd’hui, les investissements sont ici en Chine, mais dans quelques années, ils se feront ailleurs. Les marques chinoises travaillent notamment leur image, pour un jour, conquérir de nouveaux marchés à l’international. Notre ambition est de pouvoir les accompagner.

Je pense que notre façon de travailler peut-être est adapté à la France. La partie recrutement et management pour une petite structure est compliquée. Etre dans un modèle avec peu de salariés en faisant appel à des freelances ou des agences, est un bon moyen d’y arriver. En échangeant avec des architectes européens, ce mode de fonctionnement même en agence est de plus en plus répandue.

Bar the cut shanghai, agence Neon

Comment en tant qu’entrepreneuse arrives-tu à rester créative ?

Beaucoup d’entrepreneurs sont étonnés. En tant qu’entrepreneuse, j’arrive beaucoup plus facilement à lever le nez que lorsque je gérais l’agence. On a l’impression que l’on va passer 4 fois plus de temps à gérer des problèmes, ça oui. Mais avec l’expérience, je sais les gérer deux fois plus vite. Je passe beaucoup plus de temps à créer.
En agence, j’avais une équipe et je faisais beaucoup de déplacements. Dès que j’étais au bureau, il fallait gérer en priorité l’administratif, le management et l’avancement des projets. Aujourd’hui, comme je travaille en collaboration, quand je passe du temps au bureau, c’est de la création pure.

En parallèle à travers Ne-on, nous organisons des petits ou grands évènements entre designers. Ils nous permettent de faire vivre notre communauté, de rester inspirer et de partager.

« Aujourd’hui, comme je travaille en collaboration, quand je passe du temps au bureau, c’est de la création pure. »

Dans cet esprit de communauté et d’entraide, tu participes sur Shanghai au pôle entrepreneuse de la Ruche (réseau des femmes francophones à Shanghai). Qu’est-ce que ce groupe t’apporte ?

J’ai la chance d’avoir Ellen avec qui discuter et échanger. Mais les bonnes solutions sont parfois en dehors de notre champ de vision.

Le groupe des entrepreneuses est un petit groupe qui se connait bien, où chacune a des projets et des problématiques très différentes. Le groupe a une charte de confidentialité qui nous permet de parler ouvertement. Ce que j’apprécie est d’écouter et d’aider à trouver des solutions. Inversement quand j’ai une problématique, d’avoir des points de vue différents et des idées nouvelles.

Et pour finir, quelles seraient tes conseils pour les entrepreneurs qui veulent se lancer en Chine ?

Etre passionné, travailler tout en prenant du plaisir.
Savoir donner de son temps et mettre son énergie sans se tuer à la tâche.
Réussir à avoir une vision plus ou moins précise de là où on veut aller, mais être capable d’évoluer vite si le marché change.

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French native, Eve Bretaudeau is an entrepreneur and digital marketing expert based in Shanghai, China. She was marketing / communication manager during 10 years in agencies and in a retail company. In Shanghai, she co-creates “Le collectif des entrepreneuses” to inspire, guide women entrepreneurs to create their own company. She is passionate about entrepreneurship, design thinking, co-creation. She loves to travel with her family and to do outdoor sports.